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Les clefs pour comprendre l'impact de la violence éducative ordinaire

Comprendre la loi contre la violence éducative ordinaire (Juillet 2019)




Il y a plusieurs façons d'exercer son autorité parentale. Chacun la sienne diront certains !
Mais sont-elles toutes aussi valables et respectueuses de l'enfant ?



Des violences "ordinaires" ?

Non, c'est certain. Toutes les pratiques parentales ne se valent pas. Les violences éducatives ont déjà été pointées du doigt comme mettant en danger l'enfant et la cellule familiale.
Mais qu'en est-il du "droit de correction" toléré aux parents ? Le texte de loi, voté le 3 Juillet 2019 à l'Assemblée nationale, démontre bien que ces "violences éducatives ordinaires" ne sont pas si anodines que certains avaient tendance à le penser...

Je ne pouvais pas ne pas me prononcer sur ce sujet important qui a fait (fait encore ?) controverse en france et qui est bien au coeur du questionnement sur le droit à exercer une parentalité basée sur le respect des personnes concernées et de ce fait banni toute forme de violence physique ou morale...

Mais savons-nous de quoi il s'agit précisément ?

Le terme de "violence ordinaire" est surprenant : il suppose qu'il y aurait des violences "banalisées", qui "rentreraient dans l'ordre des choses" en quelque sorte ?

Alors qu'il est bien clair (est-il utile de le rappeler ?) qu'une violence, ne peut en aucun cas être considérée "ordinaire", c'est à dire normale... Car la violence, quelques soient ses formes, est une atteinte directe à l'intégrité d'une personne, en particulier quand il s'agit d'une personne vulnérable, comme peut l'être l'enfant...

Si l'on regarde de plus près la définition de l'OMS, la maltraitance infantile s'applique à toutes les formes de violences, dits "mauvais traitements" qui englobent à la fois les atteintes physiques, mais aussi verbales et psychologiques.
 
" La maltraitance à l'encontre d'un enfant désigne les violences et la négligence envers toute personne de moins de 18 ans. Elle s’entend de toutes les formes de mauvais traitements physiques et/ou affectifs, de sévices sexuels, de négligence ou de traitement négligent, ou d’exploitation commerciale ou autre, entraînant un préjudice réel ou potentiel pour la santé de l’enfant, sa survie, son développement ou sa dignité, dans le contexte d’une relation de responsabilité, de confiance ou de pouvoir. Parfois, on considère aussi comme une forme de maltraitance le fait d’exposer l’enfant au spectacle de violences entre partenaires intimes."

L'ONPE *, quant à lui, est un organisme dont la mission est de recenser les données, les actions, mais aussi prévenir et traiter les violences faites aux enfants. Les chiffres de 2016 sont alarmant : "Le nombre de mineurs pris en charge en protection de l'enfance est estimé à 295 357 sur la France entière, soit un taux de 20,1 ‰ des moins de 18 ans." Ce qui fait de la maltraitance infantile un phénomène suffisamment étendu pour qu'il soit l'objet de toutes les attentions.


Alors de quoi a traité exactement le texte de loi votée le 3 juillet à l'Assemblée nationale ?

Il fait suite à des lois (1989, 2007) qui se sont succédées, complétées et qui décrivent les conditions et modalités de la protection de l'enfance en France. Ces textes encadrent juridiquement la protection de l'enfant vis à vis de tout ce qui pourrait "gravement compromettre son équilibre".
D'autre part, il place l'intérêt de l'enfant au centre des décisions le concernant avec cet article :  « Art. L. 112-4. - L'intérêt de l'enfant, la prise en compte de ses besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs ainsi que le respect de ses droits doivent guider toutes décisions le concernant. »
En 2016, la notion de "risque de danger" est ajoutée à la notion de danger avéré : avec ces dispositions ( LOI n° 2016-297 du 14 mars 2016 relative à la protection de l'enfant) "l'organisation du repérage et du traitement des situations de danger ou de risque de danger pour l'enfant"; ce qui implique de considérer comme entrant dans le champ des maltraitances, toute situation de réelle violence (à l'encontre des enfants) mais aussi les violences indirectes (comme les violences conjugales, qui ont un impact psychologique sur l'enfant) ou les situations de négligences ou encore de "violences mineures". Car il est vrai qu'il existe plusieurs degrés dans la violence et plusieurs manifestations.
 
Cette violence dite "ordinaire" (puisque c'est l'appellation choisie), n'était pas tout à fait prise en compte jusqu'à maintenant; ainsi sur le compte d'un "droit de correction" parentale, certains comportements étaient en quelque sorte "tolérés" par la justice.


De quels types de comportements s'agit-il ? Le texte de loi n'est pas exhaustif et précis sur la description, mais on peut aisément décliner plusieurs types de violences qui appartiennent aux catégories mentionnées dans le texte de référence : 
- brimades
- humiliations (punition humiliante par exemple)
- fessée
- gifle
- moqueries
- dispute violente devant un enfant
- cris
- paroles rabaissantes et dévalorisantes



* Observatoire National de la Protection de l'Enfance

Pourquoi interdire les violences éducatives ordinaires (VEO) ?

Parce qu'elles nuisent à l'enfant...

Voici des éléments factuels qui ont tous fait l'objet de recherches récentes :

Comment ces violences nuisent à l'enfant ?

INTERNALISTATION PAR MIMÉTISME
Par exemple, chez le jeune enfant, elles agissent tel un modèle que l'enfant intériorise (puis extériorise) avec un phénomène bien connu en psychologie : le mimétisme. Pour faire simple, si l'adulte use de brutalité envers son enfant pour exprimer son mécontentement, l'enfant à de forts risques de faire de même avec les autres : ses frères et soeurs ou ses camarades de classe.


ANXIÉTÉ ET DÉPRIME
La répétition de violences ordinaires peut conduire l'enfant à se sentir anxieux et déprimé. Anxieux d'être à nouveau confronté à des comportements pénibles et douloureux pour lui, et déprimé par le fait de se sentir impuissant devant cette violence : l'enfant n'est pas armé pour se protéger devant des situations de violence. Il va le plus souvent tenter de les fuir ou développer des troubles psychologiques qui manifesteront son incapacité à se préserver autrement des atteintes à son intégrité physique et/ou morale.



Comment ces violences ordinaires nuisent à l'adolescent ?

RISQUE D'INSCRIPTION DE LA VIOLENCE DANS SON BAGAGE GÉNÉTIQUE
Confronté régulièrement à la violence, l'adolescent va banaliser en quelque sorte ce "mode d'expression" jusqu'à l'intégrer parfaitement et ne plus être capable de faire la part des choses entre une situation normale et une situation de violence.


BAISSE DU QI & DÉCROCHAGE SCOLAIRE
Il a été démontré que dans un tel contexte, les capacités intellectuelles étaient limitées, voire altérées : entrainant un plus fort taux de décrochage scolaire. Le QI étant directement lié aux chances de réussite scolaire.

 
RISQUE D'APPARITION DE TROUBLES PSYCHIATRIQUES
Des troubles plus graves encore peuvent apparaitre : de l'anxiété, en passant par des conduites addictives, des troubles de l'humeur ou dans le pire des cas, des conduites suicidaires.


RISQUE DE HARCÈLEMENT SCOLAIRE
Les enfants soumis à de telles violences sont plus à risque de devenir la cible de harcèlement scolaire.
 
Les violences éducatives ordinaires peuvent marquer pour longtemps !



Comment ces violences éducatives peuvent nuire à l'adulte ?

Les adultes sont aussi concernés. Ils sont souvent d'ailleurs d'ex-enfants et adolescents n'ayant pas bénéficié d'une aide ou n'ayant pas eu l'occasion de s'extraire de ce contexte violent et s'étant construits malgré eux avec la mémoire d'un passé violent (cf. mémoire traumatique pour aller plus loin)


RISQUE DE MALADIE SOMATIQUE ET D'ATTEINTE DE LA MÉMOIRE
Troubles qui pourront être associés à la violence subie qu'après une prise de conscience et souvent à l'issue d'un travail sur soi-même, parfois long et fastidieux.

Mais aussi :

RISQUE DE PROBLÈMES SEXUELS ET DE PRATIQUES SEXUELLES DÉVIANTES

RISQUE D'HYPERACTIVITÉ ET DE TROUBLES DU LANGAGE

SENTIMENT D'INSÉCURITÉ ET DE STRESS

RISQUE DE TROUBLE DE LA PERSONNALITÉ

RISQUE DE PERTE DE L'ESTIME DE SOI ET D'ISOLEMENT SOCIAL
 
Comment douter après cette effarante liste de conséquences possibles de la pertinence, et même de l'urgence d'agir pour faire disparaitre cette violence éducative qui n'a d'ordinaire que le nom et qui mine en silence les enfants, sabotant durablement leur potentiel de développement...

 

Quelles solutions ?

Quoi faire pour inverser la tendance ?


INFORMER ET ACCOMPAGNER LES PARENTS

Tout d'abord prendre conscience d'une réalité : 85% des parents français avoueraient avoir eu recours aux punitions corporelles ou violences verbales. Un chiffre inquiétant mais qui vient surtout montrer comment cette "violence" s'est insidieusement introduite dans les familles et agit dans l'ombre et souvent sous couvert d'une forme de "tolérance sociétale".

Permettre une prise de conscience des parents serait donc la première étape : non pas dans l'objectif qu'ils se confondent en mea culpa, mais dans l'optique qu'ils deviennent les acteurs principaux (car les premiers concernés) et parfois seuls à pouvoir inverser, dans l'intimité de leur foyer, la tendance.

Changer de regard sur son enfant : accepter de regarder les choses de son point de vue à lui, apprendre à se décentrer, à entrer dans une relation de compréhension et de respect des besoins et sentiments mutuels.

Informer les parents sur les alternatives qui existent à la violence éducative : parce qu'un mode éducatif doit pouvoir être remplacé par un autre : "Je veux bien faire autrement, disent certains parents, mais comment ?"

Accompagner et soutenir les parents qui entreprennent cette démarche : car elle demande une implication entière et l'acquisition de nouvelles compétences parentales : puisqu'il s'agit bien de faire évoluer la "parentalité" ou le "parentage" (parenting en angl).

Proposer des programmes adaptés pour apprendre ces nouvelles compétences parentales : apprendre à écouter, à communiquer, à décoder le comportement d'un enfant ou d'un adolescent, à agir avec bienveillance, mais aussi gérer ses propres émotions et celles de son enfant, proposer un cadre structurant et rassurant, gérer les situations difficiles...


DÉVELOPPER DES ACTIONS DE PRÉVENTION ET DE SOUTIEN À LA PARENTALITÉ

Le récent texte de loi prévoit " de former les assistantes maternelles à la prévention des violences éducatives ordinaires et contient une demande de rapport, destiné à dresser un état des lieux de ces violences éducatives et à examiner comment les politiques publiques de soutien à la parentalité et de formation des professionnels de l'enfance pourraient être renforcées."

La formation des professionnels de l'enfance mais aussi des acteurs intervenant dans le champ éducatif semble être une nécessité puisque les violences éducatives ordinaires ne sévissent pas uniquement dans le cadre familial.

Cette piste n'est pas sans rappeler les directives européennes qui ont largement été étudiées et promeuvent également le soutien à la parentalité comme essentielle ( et unique ?) voie pour prévenir et traiter les situations de violences éducatives ordinaires... ou pas.

Pour les parents justement, des programmes adaptés sont à prévoir et à intégrer dans les politiques publiques.


CE QUE FAMILIPSY PROPOSE :

Il est vrai que les initiatives sont pour l'heure plutôt éparpillées. Familipsy se donne depuis plusieurs années comme mission, d'oeuvrer en ce sens de soutien et d'accompagnement des parents et aux travers plusieurs programmes en présentiel et en Elearning. Notre conviction est depuis longtemps ancrée : la prévention des violences intra-familiales (en particulier en ce qui concerne les violences éducatives ordinaires) passe par une éducation à de nouvelles pratiques éducatives, tout en respectant la pleine autonomie et liberté de celui qui en bénéficie.
Le parcours de parentalité positive par exemple est destiné aux parents d'enfant de 2 à 12 ans.
Le parcours parent d'ado est consacré à la délicate période de l'adolescence. 
Le module sur la discipline bienveillante aide les parents à passer d'un mode éducatif autoritaire (et parfois brutal) à une autorité ferme et bienveillante.

Pour finir, notre "devise" pourrait en continuité de cet article s'exprimer ainsi :
 
Se responsabiliser, être acteur plutôt que subir sa parentalité, s'engager dans un processus de changement et de conscience, déployer ses propres ressources au lieu de reproduire un schéma du passé pour développer une parentalité active, positive et épanouie.


Note : n'hésitez pas à noter vos commentaires et suggestions : les contributions des lecteurs participent à l'élaboration de solutions et d'articles plus qualitatifs : merci.
 

Vous vous posez des questions ?

- Est-ce que tel ou tel comportement est de la violence éducative ?

- Comment changer d'attitude quand on "réagit" sous le coupe de l'émotion ?

- Comment faire quand l'autre parent use de violence éducative ?

- Par quoi remplacer les cris, les punitions, les paroles rabaissantes... ?

Quelle que soit votre question, sachez que vous avez des espaces pour échanger, et bénéficier de la réponse d'un professionnel.
Comment ?
Via la page Facebook
Via le formulaire de contact


 

Ressources



Rédigé par Nathalie Colin-Fagotin, Lu 283 fois






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24/04/2018

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