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Analyse du pervers narcissique et 5 signes pour le reconnaitre

Comment fonctionne un pervers narcissique ? Clefs de compréhension.




Le "pervers narcissique" a fait coulé beaucoup d'encre et pourtant il a bien souvent été mal employé, exagéré, déformé. À tel point qu'une méfiance à l'égard du terme est montée dans le milieu professionnel.
Cette appellation recouvre des comportements qui ont des conséquences graves et peuvent entrainer des séquelles psychologiques importantes.
Le risque serait aussi de banaliser le terme (et ce qu'il recouvre) car la crédibilité des victimes d'un "PN" pourrait être mise en cause et les laisser dans le terrible étau psychologique dans lequel elles sont enfermées.

L'objectif ici est donc de s'appuyer sur des éléments solides pour définir et comprendre ce qu'est la perversion narcissique afin d'apporter un éclairage et des pistes de compréhension et d'identifier les principaux signes extérieurs.



Le fonctionnement du pervers narcissique

Les films et romans en sont remplis, : des personnages pleins de charme et de charisme, mais cachant à la fois des tendances à la manipulation de l’autre et un égocentrisme démesuré.
Les pervers narcissiques effraient tout autant qu’ils fascinent.

Aujourd’hui, le nom s’est popularisé et chacun,  à un moment donné, a entendu parler du pervers narcissique, à tel point que depuis la surmédiatisation du terme, il est utilisé (trop) facilement dans les situations relationnelles qui se passent mal : au travail comme dans nos familles, ce qui rend l’identification de vrais pervers narcissiques plus difficile qu’elle ne l’a été jusqu’à présent.
Même s'il est vrai que dans certaines relations, c’est la perversion narcissique qui est en jeu et cause souffrance et destruction chez la victime; ce n’est heureusement pas le cas dans toutes les relations douloureuses; c’est pourquoi il est important de bien comprendre de quoi il s’agit pour ne pas risquer de mettre une étiquette à tort.

En voici une définition.

Perversion narcissique 

Définit une organisation durable ou transitoire caractérisée par le besoin, la capacité et le plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil, en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir. » (1987, 1992) (Cortège conceptuel, p. 59).
 
Cette définition englobe (au moins) deux protagonistes: le pervers-narcissique qui “se met à l’abri” de ses problèmes en les expulsant sur d’autres personnes; et celui ou ceux qui vont endosser ces problèmes (cibles). Il en résulte une situation pleine de paradoxes: celui qui est malade ne l’est pas. Au contraire, il jouit souvent d’une santé florissante. Celui qui est malade est, lui, au départ, plutôt sain. Le voilà maintenant affecté, sans le savoir, d’une affection qui ne lui appartient pas, à laquelle il ne comprend rien et dont il ne peut évidemment pas “guérir”, malgré ses efforts souvent désespérés.
Un autre terme essentiel de cette définition est celui de “plaisir”, qui reste encore à élucider mais qui est probablement proche de la notion de jubilation et, partant, de la mégalomanie de se sentir supérieur aux autres. 

Paul-Claude RACAMIER est le premier auteur à introduire le concept de pervers narcissique qui est l’association de deux entités pathologiques distinctes l’une de l’autre, le narcissisme et la perversion . La perversion consiste en l’utilisation de l’autre à des fins personnelles, d’où le caractère manipulateur des pervers narcissiques. Il est important de noter sur ce point, et c’est la spécificité de la perversion, que les pervers narcissiques peuvent également s’avérer agréables et même sembler s’intéresser aux autres; ce qui fait partie de leur stratégie de « séduction ».
C’est pourquoi, il est souvent difficile pour une victime d’être comprise par l’entourage du pervers narcissique tant il sait dissimuler son jeu aux yeux d’un entourage parfois séduit par son charisme. Cet aspect de son comportement pervers constitue la base du piège qui se referme sur la victime : tout est fait pour laisser croire à cette victime qu’elle se fait des films, qu’elle exagère ou peut-être même qu’elle a des intentions néfastes à l’égard de quelqu’un qui semble « bien sous tous rapports » :
La victime devient le bourreau et l’on atteint ici le comble de la perversion.

Alberto EIGUER  va développer le sujet et dira « Les pervers narcissiques n’ont de cesse de vouloir formater les autres, les conditionner en tant que leur objet, leur chose. ». Il est aussi important de noter que d’après EIGUER, la perversion narcissique est différente de la perversion sexuelle, bien qu’un pervers narcissique puisse s’avérer être délinquant sexuel, la perversion narcissique n’est pas toujours rattachée à une sexualité déviante. Le pervers narcissique peut se servir de l’autre comme faire-valoir s’il a un égo affaibli ou encore tirer les bénéfices d’un travail, des talents d’un autre pour sa propre gloire; sans en sentir ni remords ni malaise.
Le pervers narcissique est en effet bien incapable de se remettre en cause; c’est pourquoi il ne foule quasiment jamais le palier d’un cabinet de psy; qu’il a d’ailleurs souvent en horreur.

Pas étonnant si l’on considère que sa plus grande crainte sera sans doute d’être démasqué dans ses stratagèmes machiavéliques et que le cabinet du psy constitue pour lui le risque, et même une vraie menace de voir tous ses plans mis au jour et déjoués.    

Il est difficile d’estimer le nombre de pervers narcissiques dans la population pour une raison simple : ces personnes ne sont pas en demande de soin et le diagnostic demanderait un entretien de longue durée, le pervers narcissique reste ainsi encore aujourd’hui sujet à débats. Les avis les concernant divergent encore aujourd’hui.
 

La perversion narcissique selon Racamier

On doit donc la première synthèse théorique de “ la perversion narcissique ” à P.-C. Racamier. Racamier donne de la perversion narcissique une description clinique avant de l’aborder sur le plan métapsychologique. Cette notion “ sert son souci de décrire et de traquer les processus pervers dans les familles et dans les groupes ”, précise G. Bayle, dans son étude biographique consacrée à P..C. Racamier (*).
Racamier emploie des mots très percutants pour décrire les moyens employés par les pervers narcissiques et prône le combat pour enrayer leur action. Ce sont des “ noyauteurs ” pour qui tout est bon pour attaquer le plaisir de penser et la créativité : pour le pervers narcissique dominent “ le besoin, la capacité et le plaisir de se mettre à l’abri des conflits internes et en particulier du deuil en se faisant valoir au détriment d’un objet manipulé comme un ustensile et un faire-valoir ”  (*)

Il ajoute qu’ “ il n’y a rien à attendre de la fréquentation des pervers narcissiques, on peut seulement espérer s’en sortir indemne ”. Il préconise de confondre ces noyauteurs par l’humiliation pour qu’ils “ se crachent eux-mêmes ” et il ajoute : “ Tuez-les, ils s’en foutent, humiliez-les, ils en crèvent ! ” .

Avec une violence de plume tout à fait inhabituelle, Racamier, le thérapeute inlassable de patients psychotiques au long cours, se déchaîne contre le comportement des pervers narcissiques.

Les éclairages et apports théoriques tendent à montrer que le narcissisme de la perversion narcissique serait un narcissisme blessé.

Le rapport à l'autre (objet), vécu comme dangereux, conduit le pervers narcissique à faire de l'autre un « objet-non-objet » chosifié. L’autre est à la fois indispensable au "PN" et en même temps est craint, attaqué et réduit à sa fonction de réceptacle inerte

 

La perversion narcissique apparaît, elle, comme un ultime rempart contre la dépersonnalisation et la psychose, comme un aménagement aussi destructeur que désespéré pour maintenir une survie psychique au détriment d’autrui...

Regardons de plus près les deux notions : le dictionnaire Robert associe « pervers » à « corrompu », « dépravé », « méchant ». L’adjectif « pervers » est plus ancien (XIIe siècle) que la « perversion » qui n’apparaît qu’au XVe siècle en y ajoutant le « dérangement », le « dérèglement » et l’ « égarement » ou, par extension, la « folie ». La « perversité » reste associée à la « perfidie » ou à la « malignité » ; elle s’oppose à la « bonté », à la « bienveillance » et à la « vertu. » « Corrompre » et « dévoyer » ne vont pas sans « séduire » : seducere, conduire à soi, ce qui implique une dimension narcissique active dans toute perversion...

Le « narcissisme », mot du XXe siècle, hésite entre une « contemplation de soi » ou « une perversion sexuelle qui consiste à se choisir comme objet érotique » (selon le Robert).


Perversion narcissique et relation amoureuse

Les états passionnels apportent même un bonus : dans l’état amoureux, idéalisé, l’objet d’amour rejaillit narcissiquement sur le sujet... Le pervers narcissique prendrait sans donner et utiliserait l'autre comme "faire valoir".

Le pervers narcissique a pourtant « besoin » des autres comme « ustensiles » pour échapper à sa conflictualité interne.

C’est peu dire que de souligner que la perversion narcissique implique une emprise, si radicale qu’on ne voit plus que cela. Dans la perversion narcissique, l’emprise se serait coupée du registre de la satisfaction : l’emprise ne serait plus au service de la construction de la satisfaction, elle se suffirait à elle-même tandis que le registre de la satisfaction serait désinvesti.

Le plaisir du pervers narcissique ressortirait d’un triomphe sur l’autre.


L’étymologie rapproche, comme on l’a vu, la séduction de la perversion. La notion de séduction narcissique – autre concept Racamier – présente l’intérêt d’introduire une perspective développementale importante, celle des relations parents/enfant. Il s’agit de mécanismes discrets, qui permettent l’asservissement du psychisme de l’enfant à celui des parents, de la mère par exemple. La mère peut apparaître comme un authentique pervers narcissique échappant à ses conflits et à ses deuils en transformant son enfant en ustensile ou en appendice, empêchant toute tendresse et transformant la relation mère-enfant en relation d'emprise uniquement.

"Racamier a débusqué les pervers narcissiques dans les thérapies de familles ou dans la vie de l’institution psychiatrique mais on ne peut se désintéresser de ce qu’ils deviennent dans d’autres groupes humains ou dans d’autres institutions : on pense à l’école, aux Églises, aux sectes mais aussi à certaines dérives démagogiques ou totalitaires, voire terroristes, dans la vie politique quand la perversion narcissique devient, de par la personnalité de certains leaders, le principe organisateur de la foule ; on peut évoquer ainsi les bandes, la délinquance urbaine ou les organisations maffieuses qui font peut-être leur miel de ce principe actif. La notion psychosociologique de « harcèlement moral », développée largement par Hirigoyen, recouvre, en partie, le champ des perversions narcissiques ?"


Inspiré des écrits de  J. Angelergues et F. Kamel


Comment repérer un pervers narcissique ? 5 Signes

Nous l'avons vu, les stratégies du PN sont subtiles et pernicieuses. Elles n'apparaissent pas de suite au grand jour car une phase de séduction initiale qui précède (et participe) au processus d'emprise brouillent les cartes. C'est aussi pour cela que de l'extérieur, les cibles (victimes) du pervers narcissique ont du mal à se faire entendre (et croire). Cependant il est possible d’identifier des indices qui permettront de repérer si l’on est face à un pervers narcissique afin de sortir au plus vite de cette relation toxique. En voici 5 :



SIGNE #1- Le PN peut se montrer "grand seigneur" et ainsi laisser penser à une admiration désintéressée vis à vis de sa "cible". Mais cette apparence est trompeuse. Si l'on y regarde de plus près, le pervers narcissique cherche (toujours) son intérêt. S'il complimente l'autre, c'est qu'il en tire profit (rappelez-vous, l'autre est un faire-valoir). Par ailleurs, cette phase de "séduction" fait partie de ses plans. Il "apprivoise" sa victime avant de la "vampiriser"...

SIGNE #2 - Le PN est "narcissique" par définition. Il va donc constamment se mettre en avant (même subtilement), chercher à avoir raison, défendre ses intérêts (coûte que coûte), même (et surtout) si c'est au détriment de quelqu'un d'autre ou d'un groupe.

SIGNE #3 - Le PN va "diviser pour mieux régner" : il s'allie, divulgue de fausses informations, monte les uns contre les autres (fait des dégâts sur le lieu de travail comme à la maison) mais cela se passe toujours en sourdine et les conflits jamais ne sont éclaircis au grand jour.
Le PN est à l'aise dans l'obscurité de la confusion et déteste la lumière de la vérité.

SIGNE #4 - Le PN vous fera porter le chapeau malgré les éléments factuels évidents. Face au PN, vous êtes forcément en tort et peu à peu, devenez même le "méchant", le fauteur de trouble, l'empêcheur de tourner en rond : ce qui lui donne d'ailleurs d'excellents motifs pour commencer et continuer ses assauts contre vous. Le comble de la perversion est que le bourreau devienne victime et inversement.

SIGNE #5 - Vous vous sentirez peu à peu glisser dans une grande confusion, vous remettant en cause, doutant de vous-mêmes malgré le manque de motifs objectifs. Vous aurez le sentiment d'échouer sytématiquement dans vos tentatives de résolution de conflits à l'amiable. Vous risquez d'avoir des comportements inhabituels, exagérés (selon le PN et l'entourage), (dont vous aurez peut-être honte) et tout cela ne fera qu'augmenter le grand sentiment de confusion que vous vivez.

Il y aurait bien sûr beaucoup d'autres éléments à détailler pour vous aider à évaluer la situation plus précisément. Vous pouvez le faire d'ailleurs dans le cadre d'une consultation pour vous aider à y voir plus clair.
Mais ces 5 signes vous permettront déjà d'éveiller votre vigilance si ce n'est déjà fait et d'enclencher une démarche pour vous défaire de cette relation d'emprise dans laquelle vous êtes sans doute piégé(e).
Et rappelez-vous :
On ne guérit pas un pervers narcissique, on ne le ramène pas à la raison, encore moins on le sauve de sa folie. On ne peut que le fuir en espérant ne pas y avoir laissé trop de plumes...

 

Notes et ressources

  • *Etude biographique consacrée à P..C. Racamier (*) :  Gérard Bayle, Paul-Claude Racamier, Paris, PUF, « Psychanalystes d’aujourd’hui », 1997.
  • P.-C. Racamier, Cortège conceptuel, Éd. Apsygée, Paris,1993.
  • P.-C. Racamier, Le Génie des origines, Psychanalyse et psychoses, Paris, Payot, 1992.



Rédigé par Nathalie Colin-Fagotin, Lu 237 fois






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